Il est né à Erzican, petit village d’Anatolie. Vous avez du mal à situer l’Anatolie ? Je vous aide : la Turquie. Un jour de novembre 1972, le village qui l’avait vu naître l’a regardé partir, avec sa femme et ses deux enfants. Exil.
Si tous les chemins ne mènent pas à une côte, beaucoup de côtes accueillent des chemins.
Ceux de Métine ont traversé biens des terres et bien des pays, aucune mer. Métine est aujourd’hui en France, à Toulouse, depuis déjà deux ans, il est plongeur.
Il connaît bien les grands fonds, deux grands bacs de cuisine aux eaux profondes. Sa combinaison de plongée, un noble tablier rouge et deux gants en caoutchouc verts.
Près de lui son fidèle caisson de décompression, une incroyable machine à laver la vaisselle, n’arrête pas de tourner.
Casseroles, marmites, poêles, couteaux, louches, fourchettes, cuillères, tout ce monde que cuisiniers, serveurs, et convives déposent sur son plan de travail, face à sa mer, respirent le devoir bien accompli, les produits cuisinés avec passion et lenteur, les corps et les esprits repus.
Métine ne maîtrise pas très bien la langue française, question de temps, mais son sourire et ses yeux parlent parfois pour lui. Et puis face au grand bleu et en apnée, le silence est indispensable.
- Il faut que tout soit …. comment on dit vagabond ? - Propre, Métine ? - C’est çà, propre, très propre….
Son visage se reflète alors sur une énorme casserole qui passe entre ses mains, patinée et de nouveau prête à servir.
Cà, c’est ce que je vois, lui, c’est les plaines infinies d’Anatolie qu’il laisse apparaître sur les surfaces immaculées de nos assiettes.
|