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Nous autres amoureux du rugby courons, comme les amoureux tout court, le risque d’être cocus. D’ailleurs, la chose nous est tombée sur le coin du museau pas plus tard que samedi soir, avec un grand chelem français remporté à l’anglaise : sans génie, sans essai, sans jeu, sans les trois quart, sous la pluie, sans fautes, sans rien. Et comme les cocus le sont rarement une seule fois, rebelote le lendemain avec une enquête du JDD révélant qu’en plus de leur salaire, certains rugbymen signent des contrats d’image personnalisés dont la rémunération échappe à l’Urssaf et peut doubler le montant de leurs revenus.
Au risque de jouer les vieux cons, je rappellerais qu’en 1995, on nous vendit la professionnalisation du rugby comme un moyen de rendre le jeu plus spectaculaire et comme une arme contre les pratiques du monde amateur qualifiées de honteuses, qui consistaient à trouver au pilier un job de gratte-papier à la mairie, à payer quelques factures de resto mirobolantes, et à glisser des biftons dans le short du buteur dont le pied n’avait pas tremblé, et dans le soutif de la strip-teaseuse chargée de le récompenser. Du beau jeu, de la vertu et de la transparence fiscale, tel était le rugby qu’on promettait il y a 15 ans à tous les couillons comme moi susceptibles d’y croire.
Déçu, fâché, doublement trompé et victime d’abus de confiance, j’ai couru au J’Go avaler un gratin d’asperges à l’orange sanguine et un chou farci sauce panais et carotte. Rien ne vaut une bonne ripaille pour soigner un chagrin d’amour.
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