Au restaurant, à l’aube du premier service, la salle qui se remplit petit à petit frémit tout doucement. Serveurs et chefs de rang, tabliers rouges et regards accueillants reçoivent, placent et mettent à l’aise. Les tables se calculent, se divisent, se rapprochent, en carré, en cercle, en partage. Une fois assis, le convives se les approprient, se calent, ajustent machinalement les couverts, les verres, les serviettes. Les regards explorent l’espace, la salle, puis peu à peu, leur vision se restreint, jusqu’au voisins, jusqu'à la carte dans laquelle ils se plongent sans retenue, un peu perdus, des entrées aux desserts, des plats aux suggestions du jour. L’appétit vient alors en lisant, guidé par les informations du serveur, qui apportent les explications sur quelques mets qui suscitent curiosité et envie. La tension monte et la bonne humeur se propage. Les corps se détendent et les esprits chavirent. Les senteurs et les saveurs caressent les palais. La salle exulte comme une partition improvisée qui s’accorderait à la perfection. La table à des pouvoirs que la raison ignore. Entre autres, celui de rendre les gens heureux.
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