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Hier encore, je pensais que les choses de la table permettaient principalement la satisfaction naturelle de besoins physiologiques, et qu’elles constituaient tout au plus une manière de discipliner nos instincts de mammifères. Pourtant, à la lecture des journaux, je découvre que le fait de manger relève, par-dessus tout, de l’idéologique. Tout à commencé avec l’annulation de la diffusion, à la télé publique flamande, d’un épisode de l’émission « Le plat préféré de… », consacré à la truite sauce au beurre, péché mignon d’Adolf Hitler. Par bonheur les poissons de rivière ne sont pas à mon goût, et je préfère la graisse de canard à la motte de beurre. Mais admettons… admettons une seconde que j’affectionne la truite au beurre : aurais-je pu supporter de partager quelque penchant que ce soit avec LE Monstre du XXe siècle ? J’en doute. Ce qui est étrange dans cette affaire, c’est que, comme Adolf Hitler, j’aime l’architecture et l’art pictural, et que ces points communs ne me font ni chaud ni froid. C’est bien la preuve qu’il y a davantage d’idéologie dans une truite de 30 cm que dans un tableau de maître.
Ainsi sensibilisé aux préférences culinaires des dictateurs, je me suis empressé de me renseigner sur le plat favori de Staline. Fort heureusement, L’AUTRE Monstre du XXe siècle adorait le Khatchapouri, une sorte de pizza de Géorgie farcie au fromage, qu’on ne trouve pas sous nos latitudes (à part peut-être au Danemark où il y a depuis bien longtemps quelque chose de Kharapouri).
En ce qui me concerne, question pitance, je me situerais plutôt du côté Cécile Duflot, la secrétaire nationale des Verts, qui avouait en mars dernier sur RMC son penchant pour le confit de porc aux patates sautées, avant de se raviser en confessant que son conseiller en communication trouvait ce penchant culinaire très mauvais pour son image. Un poisson grillé (de ceux qui ne sont pas interdits de pêche) aurait sans doute mieux fait l’affaire. Un comble, quand on sait qu’en son temps, Édouard Balladur faisait avaler du cassoulet à ses ministres pour les rapprocher du peuple, et se réservait le droit de grignoter de son côté une sole sur un lit de salade verte.
Moralité : en dictature comme en démocratie, mieux vaut se garder des mangeurs de poisson.
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