Il paraissait ne plus vouloir partir, à tel point que chaque jour qui passait ressemblait étrangement à celui de la veille, comme un cycle perpétuel où le soleil n’en finissait pas de briller, de chauffer et finalement de nous perturber. Je vous parle de cet été qui au mois d’octobre affichait une insolente présence nous obligeant à garder chemises et tee-shirts, jupes et décolletés, nus pieds et espadrilles et à manger salades et plats ensoleillés au point de trouver la chose récurrente et bizarre. C’est là où je me suis aperçu combien les saisons influencent nos corps et nos esprits. Il y avait quelque chose qui commençait à me manquer, je ne savais par trop de quoi il s’agissait mais chaque fois que je passais à table, le choix devenait habitude et l’habitude changeait l’émotion du repas en lassitude. Puis un matin, un bulletin météo transforma l’été indien en automne caractériel, privé de préambules et bien décidé à nous rappeler qu’il était là. Une fois passée la surprise des premiers froids, ce fut t avec une certaine allégresse que j’attrapais mon imperméable. En rentrant au restaurant, une fois mon parapluie posé, je ne fis pas prier pour choisir, une soupe de citrouille et pommes de terre en entrée et une daube de veau qui m’apaisèrent complètement. L’automne était bien là, enfin ! Ses légumes et ses fruits avaient été quelque peu troublés par ce temps de pause que la terre leur avait imposé mais c’est avec fierté que courges, carottes, brocolis, choux, épinards, navets, panais, salsifis, poireaux, coings, châtaignes et figues, faisaient une entrée fracassante, savoureuse et délicieusement réconfortante.
|