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Star déchue des usages et des garde-manger, la fève a perdu son aura. L’été, elle n’égaie guère que les repas de gastronomes éclairés, et ne garnit plus l’hiver qu’une infime proportion des galettes de l’épiphanie. Les boulangers lui préfèrent désormais les sujets en porcelaine, dont l’esthétique est discutable et l’effet sur le râtelier dévastateur. Mais à quoi bon défendre le rôle de la véritable fève dans la tradition de l’épiphanie, quand on sait que depuis des lustres, la présidence de la République française commande des galettes sans fève, sous prétexte de ne pas désigner un roi à la table du plus haut représentant du peuple, élu au suffrage universel. La chose constitue un terrible contresens sur le plan historique, puisque la fête de l’épiphanie est la déclinaison chrétienne des Saturnales romaines, au cours desquelles on échangeait les rôles entre maîtres et esclaves. D’où le tirage au sort d’un roi de pacotille, symbole éphémère d’une abolition provisoire de toute hiérarchie sociale.
C’est certainement à cause du guignol qui a instauré voilà plusieurs décennies cette curieuse habitude à l’Elysée, et à cause de tous les fâcheux dans son genre, que les traditions se perdent, et qu’en dehors de la pleine saison estivale et de l’épiphanie, on n’entend plus personne prononcer le mot « fève », à moins de demander à sa grand-mère de calculer à voix haute et sans dentier, la racine carrée de 256.
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