Nous étions invités chez Vincent, éleveur de Porcs Noirs à Lannemezan, au pied des Pyrénées. Le mot éleveur était peut être inapproprié quand on a vu apparaître cet homme au bout de cette route, chevauchant un quad, un chien de berger entre les jambes comme passager. Les présentations faites, il nous proposa de le suivre, course folle derrière son cheval d’acier.
Sur leur territoire, une forêt qui est leur refuge et leur garde manger, toujours pas de porcs en vue. Puis brusquement au détour d’un châtaignier deux spécimens nous font face, couchés l’un contre l’autre, pour se protéger du froid,. Brusquement les choses changent, j’ai comme la sensation étrange d’être sur un territoire qui n’est pas le mien, enfin qui n’est plus le mien.
Ces porcs étaient au début du siècle dernier, l’unique trésor de biens des familles paysannes. C’était un maillon capital de la chaine alimentaire quand il était abattu : la graisse pour cuisiner et pour conserver les aliments, la viande pour manger. Ils se nourrissaient de ce qu’il y avait, principalement de l’herbe et autres déchets, de glands et de châtaignes dans les bois et les domaines de grands propriétaires quand on les y autorisait. Ici, tout semblait se dérouler comme avant, les privilèges territoriaux semblaient abolis, les porcs appartenaient à Jean et il les élevait dans le respect de cette tradition ancestrale, gage de conservation et de qualité ; mais où étaient donc le reste du cheptel ? Comme surgis du passé, en haut d’une colline, à l’appel de leur éleveur, des masses noires et galopantes s’avancèrent vers nous. Libres.
Très vite, ils nous entourèrent, imposants, attachants, aucune agressivité, comme du temps où les porcs et les hommes vivaient ensemble. C’est quand le porc est apparu que les civilisations se sont développées
|