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Pour les Français en Afrique du Sud, les passes n’arrivent pas, les corners ne décollent pas, les coups francs ne partent pas et les tirs ne sont pas cadrés. Il n’y a guère que les cartes postales de l’ego du J’GO qui parviennent à leurs destinataires…
Knysna, le 22 juin 2010
Cher lecteur, Il est 18 heures et je n’ose pas sortir de ma chambre. J’irais bien grignoter du biltong (lamelles de viande séchées) et boire un verre de vin sud-af’ au bar de l’hôtel, mais j’ai trop peur de croiser le regard de ce grand anglais tout rouge qui m’a dit la veille du premier match de la coupe du monde : « Vous les Français, vous êtes arrogants et tout le temps en grève ». Devant témoin, je lui ai répondu du tac au tac qu’il fallait avoir un culot de rosbif pour colporter des clichés pareils. J’aurais l’air fin ce soir, face à lui, avec mes footeux grévistes de l’entrainement et leur sélectionneur qui refuse de serrer la louche de son pendant sud-africain. Je me ferais bien monter un plateau-repas dans ma chambre, mais je tremble que le groom chargé de servir mon tomato bredie (ragout de mouton) ne soit ce jeune géant musclé et plein de dents a qui j’ai dit l’autre matin « vous savez, moi, mon truc, c’est plutôt le rugby », avant que les Springboks ne passent 40 points au XV de France. C’est décidé, je ne sors pas. Je préfère rester là, dans le silence de la nuit de Knysna, à regarder l’hiver austral mouiller les grands arbres de l’hôtel. Derrière moi, la télé diffuse une interview navrante du président de la F.F.F, et je me dis que plutôt que le sourire pincé du guignol de la Fédération Française de Football, je préfèrerais celui, franc et massif, du gaillard du J’go qui fait des rations gasconnes de pâté.
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