Africa
5h 30 du matin. St Pierre arrive avec les clés. C’est lui qui ouvre le restaurant. St Pierre c’est juste pour les clés, en réalité il s’appelle Christian, il est né à Brazzaville, au Congo. Il a débuté comme plongeur il y a dix ans.
Aujourd’hui, il est économe, c’est son poste, son engagement, sa générosité : ses racines. Faire l’état des lieux de la soirée de la veille relève souvent d’un optimisme à toute épreuve, d’une sérénité certaine et d’un savant mélange de foi païenne et de sorcellerie. Le partage des mets se fait toujours dans la liesse et la bonne humeur. Comme tout état des lieux il le fait de la cave au grenier, des bouteilles de vin aux assiettes manquantes, des couverts aux verres, de l’essentiel aux détails.
Puis commencent les accueils, le mot revient souvent. Femmes de ménage, cuisiniers, apprentis, fournisseurs, serveuses et serveurs, tous sont accueillis par Christian. - C’est important d’être accueilli……en Afrique on est parfois très pauvre mais savoir recevoir est plus important que tout. A midi, l’économe se métamorphose. - Je me déguise en barman aime-t-il dire.
Alors, noble et beau comme un guerrier massai, à faire pâlir un mousquetaire, derrière son tablier rouge et son comptoir, il reçoit, régale les arrivants du panache d’un « bonjour », d’un premier verre de vin, d’un simple sourire qui pose joliment le temps. - J’ai été adopté par les Gascons du Sud dit- il parfois aux convives. Qui a adopté qui ? J’aime à penser que les portes du paradis sur terre sont ouvertes tous les matins par un africain.
|