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Comme si l’envie légitime de rester chez soi le dimanche et de faire la sieste en surveillant du coin de l’œil le score de France-Italie ne suffisait pas à détourner le citoyen de son devoir d’électeur, le premier tour des élections régionales avait lieu cette année le week-end de l’ouverture de la truite. Ce dangereux cumul de handicaps s’est soldé par une abstention de plus de 53% et l’indignation télévisée de tout un tas de conseillers généraux en costards dépareillés, suivis de près par des directeurs d’instituts de sondage arborant le teint gris clair des croque-morts.
Heureusement pour la démocratie en danger, le deuxième tour de scrutin, organisé le 21 mars, ne souffrira pas de la concurrence des brochets, dont la capture ne sera autorisée que le week-end du 1er mai.
Je ne suis pas rassuré pour autant, et pour cause : dimanche dernier à 20 heures, j’ai eu la désagréable sensation qu’une bande de pêcheurs désabusés essayait, par écran interposé, de me faire mordre à un hameçon sans attrait, avec des arguments vides, des idées creuses, des encouragements à sanctionner untel, et d’autres à cautionner tel autre, comme s’il y avait une gestion de gauche et une gestion de droite des tracés de TGV et des cahiers de texte à spirale distribués dans les lycées.
De quoi donner envie à quiconque n’a jamais touché un moulinet de sa vie, de prendre sa carte de pêche pour passer le 21 mars au bord de la première rivière venue. Les candidats encore en lice au deuxième tour devraient en faire autant, qui apprendraient ainsi qu’on ne pêche rien, pas même des voix, avec des appâts sans goût et des cannes montées trop fin.
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