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Si nous autres Français n’arriverons jamais à la cheville des Américains, c’est que ces derniers ont compris qu’une vérité approximative vaut mieux qu’une réalité absolue, et que la quête hemingwayenne de la vérité est bien plus séduisante que le souci balzacien du réalisme. Prenons par exemple la Coupe du Monde de rugby 1995 organisée en Afrique du Sud. Avant même que ne débute la compétition, le monde entier avait compris que les conséquences sociales, politiques et historiques d’une possible victoire sud-africaine dépassaient largement les enjeux sportifs et la soif de victoire des équipes engagées. Le rugby étant un sport de gentlemen, les paupières bienveillantes s’étaient alors fermées, ouvrant au pays organisateur une voie royale vers le succès sportif et la réconciliation nationale.
Quand Hollywood et Clint Eastwood s’emparent de cette histoire, la pellicule déborde de torses bombés, de sens du devoir et du sacrifice, de héros quasi mythologiques et de dépassement de soi, cela donne un grand film sur l’espoir d’un peuple, une grande épopée de 132 minutes sur la nécessité du pardon et de la réconciliation. Et bien que rien ne se soit déroulé comme ‘Invictus’ le suggère, la vérité habite pourtant chaque plan.
On aurait confié le film à un réalisateur de l’hexagone, il aurait, dans un souci de réalisme typically french, filmé la demi-finale Afrique-du-Sud / France et ses essais refusés par Mr Bevan à Galthié, N’Tamack et Benazzi, et choisi de terminer son œuvre de 3H45 dans la salle de bain des All Blacks, victimes de l’action laxative d’un mystérieux produit dissimulé par un individu malveillant dans leur collation la veille de la finale.
Normal après tout, qu’on n’écrive la Grande l’Histoire ni avec la réalité, ni avec des films d’auteur, ni avec les borborygmes intestinaux d’une dizaine de rugbymen néo-zélandais : Invictus, comme titre de film, ça sonne tout de même mieux qu’Imodium.
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