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Grenelle ou les cuistres
À Grenelle, dans l’ancien département de la Seine, vivaient jadis des Grenellois, qui ne demandaient rien à personne. En 1860, Paris annexa la commune, et le baron Haussman la rattacha au territoire de la capitale. Brusquement, Grenelle n’était plus Grenelle, mais une partie du XVe arrondissement. Nous autres provinciaux avons du mal à concevoir ce genre de rattachement sauvage. Chez nous, il est déjà impossible de réaliser la fusion de l’Union Athlétique Gaillacoise et du Sporting Club Graulhetois, deux équipes distantes de 20 km à peine. Alors pour ce qui est d’annexer une ville tout entière…
Toujours est-il que, non content de nier la souveraineté Grenelloise et de diluer sa culture dans le bouillon parisien, le dictionnaire médiatique a transformé le nom de ville en nom commun, et le sert à toutes les sauces : Grenelle de l’environnement, Grenelle de l’insertion, Grenelle de l’audiovisuel, Grenelle de la formation, Grenelle de la mer, et tout récemment, Grenelle des ondes. Si Séguy et Pompidou avaient, en 68, arrangé leurs petites affaires à Trie-sur-Baïse plutôt que rue de Grenelle, on n’en serait pas là.
Et puis, à bien y réfléchir, ce néologisme n’a aucune raison d’être : s’il s’agit par Grenelle, de désigner la réunion de plusieurs parties autour d’une table dans le but de se mettre d’accord, les mots repas ou déjeuner ne font-ils pas l’affaire ? Un Grenelle du vocabulaire s’impose.
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