Christine Dupuis – Domaine Labranche Laffont
Après avoir achevé ses études d’œnologie en 1993, Christine Dupuis reprend à 25 ans les 7 hectares du domaine familial. Elle se met en quête de nouveaux terroirs, acquiert de nouvelles terres et se frotte aux dures réalités du travail de la vigne. De ses 20 hectares sortent aujourd’hui un Madiran Tradition (vin sur la rondeur qui se mariera fort bien avec vos grillades ou votre agneau pascal) et une Cuvée Vieille Vigne issue entièrement de tannat, dont l’aspect tannique et corsé s’accommode parfaitement des plats qui tiennent au corps, des fromages et des recettes exotiques épicées. Vous retrouverez par ailleurs ces vins sur la carte des restaurants J’GO.
Pour sublimer les plaisirs sensoriels offerts par le printemps, nous avons demandé à Christine de détailler les sensations particulières au travail de la vigne en cette période où la nature renaît de ses cendres.
LA VUE – Couleurs nouvelles "Les premiers jours de printemps, la vigne offre un paysage de ceps nus, alignés, taillés, rangés comme des soldats avant la bataille. Puis elle débourre, laissant apparaître les bourgeons ficelés de velours dont l’aspect tendu et gonflé trahit la présence sous-jacente des premières feuilles. Au fil des jours, les fils tendus à l’horizontale s’allument de verdure, et l’œil anxieux du vigneron parcours les vallons de ses terres en espérant qu’aucune gelée ne vienne compromettre la croissance des jeunes pousses. Durant quelques semaines, un autre spectacle s’offre à la vue : des gouttes de sève se forment à l’endroit où les sarments ont été taillés à la fin de l’hiver, et s’écrasent lentement sur le sol. On a coutume de dire que la vigne pleure, car ces larmes sont transparentes comme l’eau claire. Les plaisirs visuels, pourtant, sont ailleurs. Après de longs mois de sommeil hivernal, l’œil perçoit tous les détails du renouveau de la nature, saisit la moindre nuance, décèle la plus petite trace de vie."
L’OUÏE – Coassements révélateurs "Cela peut sans doute paraître enfantin et convenu, mais le printemps n’est rien d’autre que cela : les premiers bourdonnements d’insectes et les premiers cris stridents des oiseaux. Dans les campagnes, nous sommes très sensibles à ce genre de choses. Avant même de voir la nature prendre son apparence printanière, on l’entend s’éveiller. Rien n’est plus enthousiasmant que d’entendre le chant des hirondelles dont le retour annonce les beaux jours. Et que dire du coassement des grenouilles qui s’élève, le soir venu, des mares, des lacs et des flaques d’eau. Ce fond sonore incroyable nous accompagne dès le début du printemps et remplace pour notre plus grande joie le silence pesant de l’hiver."
LE TOUCHER – Contacts directs "Entre la fin de l’hiver et le début du printemps vient le temps de guider la vigne autour des fils, de la discipliner afin de lui assurer une pousse optimale. D’un mouvement circulaire constant et habile, nous contraignons les sarments à prendre le pli qui nous intéresse. Sous les doigts, les sarments lisses offrent une petite aspérité tous les 8 cm, des petites bosses râpeuses qui donneront bientôt les premières feuilles. Cet exercice délicat se réalise généralement par temps humide, lorsque les sarments plient facilement sous les doigts et ne risquent pas de se rompre. C’est pour nous l’occasion d’œuvrer à mains nues, comme si le retour du printemps nous forçait à oublier les gants qui protégeaient notre peau de la rugosité des travaux d’hiver."
LE GOÛT – Disparition de l’acidité "Pendant que les vignes s’éveillent, les chais sont le théâtre d’une évolution gustative importante. Avec la hausse des températures, le vin se réchauffe et entame sa désacidification. Au goût, l’acidité, la dureté et le tanin laissent peu à peu place au parfum et au fruit. Fermés en hiver, les vins, eux aussi, s’ouvrent au printemps."
L’ODORAT – Douceur éphémère "Sentir le parfum de la fleur de vigne est un privilège rare et un plaisir fugace. Ces fleurs quasiment invisibles ne vivent pas plus de quatre jours et distillent des effluves discrets. Il faut savoir s’agenouiller devant elles et saisir à quelques centimètres l’incroyable finesse de ce parfum toujours sucré mais jamais entêtant. Je ne saurais vous dire à quoi cela ressemble tellement cette odeur est singulière."
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